dimanche 15 septembre 2013

[ Les poissons ne ferment pas les yeux d'Erri de Luca ]



Résumé


L'auteur revient sur sa vie cinquante ans en arrière. Il y raconte l'été qui l'a construit en tant qu'individu. L'été où il est sorti de sa coquille et où il est sorti de ses livres pour se découvrir. 


Mon avis


A travers le récit d'un seul été, l'auteur dresse son portrait en se plaçant comme narrateur de sa vie. L'été de ses 10 ans, il rencontre une fillette qu'il regarde de loin. On ne sait pas son prénom car lui- même ne s'en souvient pas. Elle a marqué son été car la première fois qu'il la voit, elle lit sur la plage. Lui- même ne fait que lire. Il a l'impression de mieux comprendre le monde qui l'entoure pendant ses lectures. Jusqu'alors, il ne comprenait pas le verbe "aimer" ; lui- même n'est qu'une coquille vide de sentiments. Dix ans, c'est jeune pour aimer, mais c'est un bon âge pour découvrir les premiers émois. Cette jeune fille va lui faire éprouver beaucoup de choses qui jusqu'alors n'existaient pas. L'amour, un truc d'adulte. 

Dix ans, pour l'auteur, c'est l'âge où l'on grandit mais où l'on reste coincé dans un corps d'enfant. On fait de nouvelles expériences, on analyse le monde qui nous entoure et c'est tout cela qui nous fait évoluer. La rencontre avec cette fillette, en plus de lui faire ressentir des émotions  inconnues, elle lui apporte une autre vision du monde. Elle, elle lit mais préfère les histoires d'animaux aux histoires d'adultes. Elle apporte une vision innocente mais rafraîchissante du monde qui l'entoure. Elle attendrit autant le lecteur que le narrateur. Sans être décrit comme une déesse, la vision qu'il a d'elle en est très proche. 

Ce rapprochement va créer des envieux. Des enfants un peu plus âgés sont jaloux de leur relation et veulent éloigner le narrateur qu'ils prennent alors comme ennemi. Ils vont aller très loin contre lui mais je ne vous en dis pas plus. 

Outre sa rencontre avec les jeunes de son âge et de la fillette, le narrateur raconte sa relation avec son père et sa mère et leur relation entre eux. Son père est peu présent car il vit à New- York pendant un temps. Seules sa mère et sa sœur vivent avec lui. Elles apparaissent sans vraiment apparaître. IL décrit sa sœur comme son antithèse : sociable, joueuse. Tout ce qu'il n'est pas en somme. Quant à sa mère, elle n'est pas vraiment importante pour ce qu'il veut faire ressortir dans son livre. Elle n'est pas absente mais n'est qu'une ombre qui apparaît et disparaît dans son histoire. 

Dans un style qui se rapproche de l'autobiographie, l'auteur- narrateur décrit la période qui lui semble la plus précieuse dans toute son existence. Le moment où il a compris que l'amour n'est pas vain, où il en a compris la signification. Il nous relate également son amour de la littérature dans quelques phrases que je n'ai malheureusement pas pensé à noter (mais maintenant c'est trop tard, j'ai rendu le livre). Personnellement, dans les moments où il parle des livres, de ses livres, ce sont les moments que j'ai le plus aimé car je m'y retrouvais en lui. Après, il a le droit de raconter son éveil aux sentiments, mais pour moi, quand il s'agit d'émotions, les livres en sont mes premiers fournisseurs. En bref, j'ai bien aimé ce livre car le personnage m'a semblé proche de moi même si pour les autres facettes de l'histoire, je n'y étais plus dedans. Il n'y a que 129 pages et en un après- midi dans la salle d'attente du docteur, il était fini. Il va très vite à lire et le titre intrigant et mystérieux au départ prend tout son sens dans les dernières pages. 

PS : je vous mets la seule citation que j'ai pensé à relever au tout début du livre (après, j'étais trop prise par le récit) :

"A travers les livres de mon père, j'apprenais à connaître les adultes de l'intérieur. Ils n'étaient pas les géants qu'ils croyaient être. C'étaient des enfants déformés par un corps encombrant. Ils étaient vulnérables, criminels, pathétiques et prévisibles. (...) Ce qui me gênait le plus, c'était l'écart entre leurs phrases et les choses. Ils disaient, ne fût-ce qu'à eux-mêmes, des paroles qu'ils ne maintenaient pas. "Maintenir" : c'était mon verbe préféré à dix ans. Il comportait la promesse de tenir par la main, maintenir." (p.16-17)

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